Vous présidez une SAS ou une SASU et vous demandez chaque année comment vous verser au mieux votre rémunération ? Salaire, dividendes, ou les deux ? L'arbitrage n'est pas qu'une question de math : il dépend de votre TMI, de votre situation patrimoniale et de vos besoins. Voici la méthode du cabinet pour optimiser en 2026.
Les deux leviers : salaire vs dividendes
En SAS, le président peut être rémunéré par :
1. Un salaire (rémunération de mandat social)
- Soumis aux cotisations sociales « assimilé-salarié » : environ 80 % de charges (salariales + patronales) rapportées au net
- Imposable à l'impôt sur le revenu après abattement de 10 % pour frais professionnels
- Charge déductible du résultat imposable de la société (économie d'IS)
- Ouvre des droits à la retraite et à la protection sociale
2. Des dividendes (distribution de bénéfices)
- Pas de cotisations sociales en SAS (différence majeure avec EURL/SARL)
- Soumis au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % : 12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux
- Versés après IS (donc déjà taxés au niveau société à 15 % ou 25 %)
- N'ouvrent pas de droits sociaux (retraite, etc.)
Sur option (case 2OP), les dividendes peuvent être imposés au barème progressif IR + abattement de 40 %. Cette option est intéressante pour les contribuables faiblement imposés (TMI ≤ 11 %).
Le calcul comparé en chiffres
Prenons un exemple. Bénéfice avant rémunération du président : 100 000 €. Le dirigeant se trouve en TMI à 41 %.
Scénario A : 100 % en salaire
| Élément | Montant |
|---|---|
| Salaire brut versé | ≈ 60 000 € |
| Cotisations patronales (≈ 40 000 €) | (charge société) |
| Net imposable | ≈ 47 000 € |
| IR (TMI 41 %) | – 13 000 € |
| Net après impôt | ≈ 34 000 € |
Scénario B : 100 % en dividendes (sans salaire)
| Élément | Montant |
|---|---|
| Bénéfice imposable | 100 000 € |
| IS (15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %) | – 20 750 € |
| Bénéfice distribuable | 79 250 € |
| PFU 30 % | – 23 775 € |
| Net après impôt | ≈ 55 475 € |
Verdict apparent : le dividende rapporte plus net. Mais ce calcul ne tient pas compte de la protection sociale ni de la retraite.
L'arbitrage optimal : la stratégie mixte
La stratégie gagnante consiste presque toujours à combiner les deux :
Étape 1 : Verser un salaire « optimum social »
Le salaire minimum pour valider 4 trimestres de retraite en 2026 : environ 7 200 € brut annuel (1 800 € × 4). En pratique, on conseille un salaire couvrant les besoins courants du dirigeant (frais de vie, prêts immobiliers, etc.) et permettant une couverture sociale décente.
Étape 2 : Compléter en dividendes
Au-delà du salaire optimum, les besoins complémentaires sont mieux servis par des dividendes (capitalisation, projets, épargne).
Étape 3 : Optimiser via les enveloppes
Compléter par :
- PER (Plan Épargne Retraite) : déduction du revenu imposable (jusqu'à 10 % du revenu pro plafonné à 8 PASS = 38 448 € en 2026)
- Assurance-vie : capitalisation + fiscalité avantageuse après 8 ans
- PEA / PEA-PME : enveloppe d'épargne défiscalisée pour les actions
Pour un dirigeant de SAS en TMI 41 % avec besoins de vie courants à 4 000 €/mois, le mix optimal tourne souvent autour de 40 % salaire / 60 % dividendes, avec un complément PER. À adapter au cas par cas.
Les pièges à éviter
1. Tout en dividendes sans aucun salaire. Pas de cotisation = pas de retraite, pas d'IJ maladie, pas de prévoyance. À 50 ans, on regrette d'avoir négligé ce point.
2. Calculer uniquement le « net fiscal immédiat ». Le dividende paraît toujours plus attractif si on néglige les droits sociaux acquis via le salaire.
3. Oublier l'impact sur la trésorerie de la société. Un dividende important réduit les capitaux propres et peut compromettre la capacité d'emprunt ou d'investissement de la société.
4. Ne pas anticiper la TMI N+1. Un gros dividende exceptionnel peut faire basculer dans une tranche supérieure et entraîner une majoration de la CDHR (Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus, loi de finances 2026).
5. Méconnaître les comptes courants d'associés. Récupérer un compte courant est neutre fiscalement (ce sont vos fonds remboursés). À utiliser en priorité avant d'envisager d'autres formes de sortie.
Le calendrier annuel de la rémunération
Pour bien piloter sa rémunération, voici un calendrier-type sur l'année :
- Janvier-février : faire le bilan de l'exercice écoulé, estimer le bénéfice prévisionnel
- Mars : décider du montant du salaire mensuel à verser sur l'année (peut être ajusté en cours d'année)
- Avril-juin : déclaration IR personnelle (intégrant salaires perçus l'année N-1)
- Juin-juillet : assemblée générale d'approbation des comptes N-1, décision de distribution de dividendes
- Septembre : versement des dividendes votés (souvent en septembre-octobre)
- Octobre-novembre : simulation IS et arbitrage final pour boucler l'exercice en cours
- Décembre : versement éventuel d'une prime, finalisation du PER, optimisations de fin d'année